Immigration, Migration : un choix ou une nécessité ?

« Nous ne pouvons ignorer les véritables problèmes politiques que pose l’émigration, comme nous ne pouvons non plus perdre de vue les formidables perspectives qu’offre celle-ci aux émigrants, aux pays qu’ils quittent et ceux où ils se rendent[1]. »
« Il nous incombe à nous, Africains et Européens, de démanteler ensemble les réseaux d’immigration illégale, derrière lesquels se dissimule un trafic épouvantable et mafieux (…) [2]»
« Parfois, pendant de longs mois, de jeunes Africains, hommes et femmes, risquent tout, y compris leur vie, pour entreprendre un périlleux périple qui leur fait traverser des dizaines de frontières et les dangereux courants de la Méditerranée à la recherche d’une vie meilleure dans le Nord. Certains y laissent leur vie, d’autres sont renvoyés chez eux et d’autres encore, qui atteignent leur destination, comprennent que leur existence n’y sera pas forcément plus facile. Mais étant donné le manque d’emplois et les sombres perspectives auxquels ils sont confrontés dans leur pays, des millions de jeunes Africains préfèrent encore l’exode, souvent clandestin[3].
Les migrants sont des êtres rationnels, qui partent vers des régions plus favorisées, et où ils pourront satisfaire leur besoin d’une vie meilleure et plus sûre.[4]»
Depuis l’aube de l’humanité, les populations se sont déplacées, d’un pays à l’autre, d’un continent à l’autre. Elles se sont déplacées parfois pour quelques temps, parfois pour toujours, parfois isolées, parfois en groupe. Certaines migrations ont pris de très grandes proportions. En effet, la migration est aussi ancienne que l’humanité. De tout temps, les personnes ont migré en quête d’une vie meilleure, pour fuir un conflit ou se mettre en sécurité, ou simplement à la recherche de nouvelles possibilités[5].
Les causes de ces migrations sont nombreuses : catastrophes naturelles, changements climatiques, épidémies, invasions, conquêtes, guerres, persécutions politiques ou religieuses, la recherche de moyens d’existence etc.[6]. Toutefois, les critères de résidence, de durée, de distance ne permettant pas de déceler en toute rigueur les déplacements définitifs et les déplacements temporaires, on est donc amené à faire intervenir un autre critère, plus subjectif : la raison de migration. C'est bien souvent la combinaison de l'ensemble des critères qui seule permet d'aboutir sans ambiguïté à cette distinction.
Notons en effet que certaines situations particulières obligent l'individu à être absent un temps déterminé (scolarité, service militaire, maladie, prison...) sans que son intention soit de quitter définitivement son lieu d'origine. Par ailleurs on élimine la confusion qu'il pourrait y avoir entre migration et mouvements saisonniers, notamment lorsque la période de référence est courte[7].
En outre, les migrations intérieures, déclenchées au XIXe siècle par l’industrialisation de l’Europe du Nord-Ouest, ont eu pour prolongement le départ de contingents importants pour les pays lointains, surtout pour les terres tempérées à peu près vides d’habitants, qui présentaient le caractère de domaines de spéculation et de peuplement de masse. Sous une forme intermédiaire, les passages d’un pays dans le pays voisin ont apporté leur contribution aux multiples mélanges de population de l’époque contemporaine. L’émigration, qui a individuellement les mêmes causes que le départ pour une destination n’impliquant pas sortie de l’État d’origine, s’est insérée dans la construction économique du capitalisme.
L’émigration à partir des pays d’économie industrielle n’est pas seulement un déplacement d’Hommes, elle est l’étalement géographique d’un système économique et d’une structure sociale. Elle est le plus souvent une entreprise contrôlée : un acte politique dont les émigrants sont, suivant leur qualification et leur rôle, des acteurs conscients ou inconscients. Elle sert de substrat humain à la recherche des compléments d’alimentation et des produits de base nécessaires aux nouvelles industries. Elle prépare les voies à l’émigration des capitaux et à la vente des produits fabriqués dans les nouvelles usines européennes.
Elle entraîne derrière elle tout le système et sème les germes d’économies, filiales d’abord, concurrentes plus tard, au point que, dès 1920, on a pu parler de la crise de l’Europe devant la puissance grandissante des nouvelles économies capitalistes d’outre-mer, essentiellement de celle des États-Unis, le pays qui a, précisément, reçu le plus grand nombre d’émigrants de l’Europe. Cette émigration a été d’abord alimentée par les pays touchés par la révolution industrielle[8]
La fécondité des pays industriels de l’Europe occidentale s’est atténuée à l’époque où l’expansion de l’Europe a atteint son maximum. De ce fait, ce ne sont pas seulement les pays industriels ayant pris l’initiative de l’exploitation économique du monde qui ont fourni des contingents à l’émigration. À leur tour, les pays agricoles à haute fécondité ont offert les plus grosses cohortes d’émigrants au début du XXe siècle[9].
En moins de trois quarts de siècle, de 1850 à la Première Guerre mondiale, une cinquantaine de millions d’individus, Européens en très grande majorité, se sont établis dans des pays d’outre-mer. Plusieurs millions d’Hommes ont en même temps changé de pays pour venir travailler dans les pays industriels dont le taux d’accroissement de population était insuffisant pour répondre à l’augmentation de la demande de main-d’œuvre : Allemagne, France. En outre, les Européens ont eu besoin de main-d’œuvre tropicale pour mettre en valeur les terres dont ils avaient entrepris l’exploitation au service de leur économie.
Ils ont organisé ou stimulé, non sans de multiples réserves, des déplacements de populations au sein de la zone tropicale : migrations de travailleurs indous et chinois, recrutement de main-d’œuvre noire dans les régions montagnardes de l’Afrique pour les chantiers miniers du Katanga et de la Rhodésie, etc. Dans certains cas, enfin, il leur est apparu avantageux de faire appel, sur leur propre territoire, à des travailleurs d’outre-mer : Nord-Africains en France spécialement[10].
Par ailleurs, pendant longtemps la migration n’était pas au centre des préoccupations des chercheurs, même si depuis la Conférence Mondiale des Nations Unies sur la Population, tenue à Bucarest en août 1974, elle a été identifiée comme étant un problème de population. En effet, il y a été dit que les différents problèmes de population devaient aussi être envisagés en termes de répartition de la population, des migrations des zones rurales vers les zones urbaines et de l’urbanisation. L’exode rural y a été identifié comme l’élément le plus préoccupant de la migration et des solutions ont été proposées au pays en développement.
A ce moment, la migration internationale n’avait pas encore été identifiée comme un problème démographique. Certains représentants ont même énoncé que le moyen de résoudre les problèmes résultant de l’accroissement démographique dans les pays en développement consistait à encourager les migrations internationales entre les pays à fort taux d’accroissement vers les pays où il y avait pénurie de main d’œuvre. La problématique de l’émigration internationale était plutôt associée à un exode des compétences, ce qui pouvait constituer une entrave au développement des pays d’origine[11].
La problématique de la migration internationale commence à être posée lors de la Conférence de Mexico en 1984. C’est lors de la Conférence Internationale sur la Population et le Développement (CIPD) qui s’est tenu au Caire en 1994, que les deux types de migrations (interne et internationale) sont identifiés comme de sérieux problèmes liés à une augmentation de la taille de la population – malgré un déclin des taux de natalité. Il y est dit que les mouvements de population aussi bien à l’intérieur des pays et entre les pays, avait pour conséquence une croissance très rapide des villes et une distribution inégale des populations va aller croissant[12]. La migration internationale est considérée comme étant à la fois la cause d’une perte de ressources humaines pour les pays d’origine et d’une augmentation des tensions politiques, économiques et sociales pour les pays d’accueil[13].
Cependant, les études sur la migration et le développement se focalisent essentiellement sur la migration internationale alors que les flux de la migration interne sont souvent plus importants et par le fait même leurs conséquences sur le développement. De plus, la grande majorité des recherches dissocient la migration interne de la migration internationale, chacune se spécialisant dans un type de migration.
Les problèmes qui découlent des deux types de migration sont effectivement différents. La migration interne est associée à une forte urbanisation et à une répartition inégale des populations sur un territoire. La migration internationale, quant à elle, est mise de l’avant dans les recherches par les pays du nord qui souhaitent limiter l’afflux des immigrants sur leurs territoires. Elle pose aussi la question de la « fuite des cerveaux» et de l’émigration clandestine[14].
Pourtant les deux types de migration présentent plusieurs points communs. Elles ont le plus souvent les mêmes causes et origines, les mêmes mécanismes mis à l’œuvre et des impacts comparables sur les régions de départ. De plus, l’étude de la migration interne ainsi que de la migration internationale soulève des questions sur leur relation avec le développement. En effet, le sous-développement et la pauvreté sont vus comme des éléments déterminant la migration, sa direction, son volume et la composition des flux migratoires.
Lier les deux types de migration peut dès lors se révéler très intéressant. En effet, essayer de comprendre les interrelations entre la migration interne et internationale pourrait permettre de lever certaines interrogations sur les mécanismes mis à l’œuvre lors des migrations, sur les caractéristiques des individus qui migrent, sur ce qui les motivent[15].
Dès lors, lorsqu’un nombre inédit de réfugiés et de migrants dépourvus de documents sont arrivés en Europe par voie maritime, une carte du quart nord-ouest du continent africain est apparue dans les médias européens. Y figuraient plusieurs lignes ou flèches s’étendant du golfe de Guinée à la mer Méditerranée à quelque 4 000 kilomètres au nord, qui représentaient les itinéraires terrestres empruntés par les migrants et les réfugiés depuis les quatre coins de l’Afrique pour atteindre la mer Méditerranée, d’où ils embarquaient pour l’Europe. Deux grandes routes se sont dessinées selon la destination en Europe : la route de la Méditerranée occidentale, vers l’Espagne ; et la route de la Méditerranée centrale, vers l’Italie ou Malte.
Cependant, cette carte représente de manière schématique un fragment d’une réalité protéiforme. Il convient de ne pas commettre d’erreur d’interprétation. Les lignes forment des segments distincts utilisés depuis des temps immémoriaux par des négociants, des bergers ou des employés qui effectuent des allers et retours en Afrique. De nombreux migrants empruntent aujourd’hui ces mêmes itinéraires pour passer d’un pays à l’autre sur le continent, du sud vers le nord à la recherche d’emplois dans les pays pétroliers que constituent la Libye et l’Algérie, ou du nord vers le sud en vue de travailler dans des plantations côtières en Côte d’Ivoire ou au Ghana. Ceux qui se rendent jusqu’à la mer Méditerranée dans le but de gagner l’Europe sont minoritaires.
D’un autre côté, l’augmentation constante, ces dernières années, de la migration africaine à destination de l’Europe, qui est avérée, a peu à voir avec les flux migratoires terrestres en Afrique de l’Ouest et du Nord. À l’instar de la plupart des personnes qui migrent sur de longues distances dans le monde, c’est par voie aérienne et pourvus d’un visa que la majorité des migrants africains parviennent à leur destination européenne[16].
L’ampleur des mouvements de population le long de la route de la Méditerranée centrale, la fréquence élevée du statut de migrant irrégulier sur cet itinéraire, le rôle des réseaux criminels et le destin tragique de nombreux migrants qui empruntent l’une des routes migratoires les plus mortelles au monde ont suscité l’attention soutenue des gouvernements, des organisations internationales, des organisations non gouvernementales (ONG) et des médias[17].
Le fait est qu’en reliant l’Afrique subsaharienne à l’Afrique du Nord et à l’Europe, la route de la Méditerranée centrale rattache l’une des régions les plus pauvres du monde à l’une des plus prospères, ce qui en fait une voie migratoire présentant un fort potentiel d’activité. Les vastes zones inhabitées et quasiment exemptes de contrôle qu’elle traverse dans le désert et en mer favorisent les mouvements irréguliers et les activités des passeurs, ce qui peut mettre en danger les vies des migrants. Le chaos politique et les défaillances de l’état de droit dans plusieurs sections du parcours laissent le champ libre à des trafiquants qui condamnent les migrants à l’extorsion, à l’exploitation, voire à la mort.
Sur cette toile de fond, en mettant dans le même panier les passeurs qui menacent la sécurité et les migrants dépourvus de documents qui enfreignent des règles administratives, les gouvernements présentent souvent la lutte contre les premiers et l’endiguement des seconds comme un seul et même objectif, en Afrique comme en Europe.
Tous les États sont préoccupés par les franchissements désordonnés de frontière et les migrations irrégulières qui portent atteinte à leur souveraineté. Lorsque l’Algérie renvoie des dizaines de milliers de migrants au statut irrégulier vers sa frontière avec le Niger, elle le fait pour la même raison que les États membres de l’Union européenne renvoient chaque année entre 150 000 et 200 000 ressortissants de pays tiers à la suite d’injonctions de quitter le territoire. La différence réside davantage dans la manière dont les migrants en situation irrégulière sont éloignés – renvoyés en avion après conclusion d’un accord avec leurs pays d’origine ou laissés en détresse dans le désert – que dans l’affirmation par les États de leur souveraineté[18].
Les stratégies des gouvernements en matière de migration présentent toutefois une asymétrie importante. Tous les États d’Afrique du Nord et de l’Ouest craignent que l’Union européenne ne ferme partiellement ses portes à leurs migrants. À la table des négociations, l’Union européenne monnaie la perspective de voies de migration régulière et d’aides au développement contre un renforcement des contrôles aux frontières en Afrique – empêchant plus précisément la sortie des migrants dépourvus de visa en contradiction notamment avec les dispositions de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 : « Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien […]. [19]») – et la réadmission par les États africains des migrants de retour arrêtés en situation irrégulière en Europe.
On considère toutefois que les mesures prises par les États en vue de durcir les contrôles le long des routes migratoires terrestres et maritimes produisent des effets ambivalents sur les migrations irrégulières, réduisant le nombre de migrants, mais, dans le même temps, aggravant les risques auxquels les migrants sont exposés lorsqu’ils empruntent des itinéraires plus dangereux pour contourner les obstacles[20].
APPROCHES DEFINITIONNELLES
La migration[21] est le fait de changer de domicile pour une durée longue ou définitive. Elle est l’une des modalités de la mobilité. Un couple qui quitte la ville-centre pour la banlieue, une expatriée qui travaille à l’étranger pour une multinationale, un retraité qui s’installe dans la région de son enfance sont tous, au sens statistique, des migrants. Terme générique non défini dans le droit international qui, reflétant l’usage commun, désigne toute personne qui quitte son lieu de résidence habituelle pour s’établir à titre temporaire ou permanent et pour diverses raisons, soit dans une autre région à l’intérieur d’un même pays, soit dans un autre pays, franchissant ainsi une frontière internationale.
Il englobe un certain nombre de catégories juridiques de personnes bien déterminées, comme les travailleurs migrants ; les personnes dont les types de déplacement particuliers sont juridiquement définies, comme les migrants objets d’un trafic illicite ; ainsi que celles dont le statut et les formes de déplacement ne sont pas expressément définis par le droit international, comme les étudiants internationaux[22], [23]. La migration correspond rarement à une flèche à sens unique, qui est pourtant celui qui lui est le plus fréquemment attribué. En fait une migration correspond souvent à plusieurs allers-retours entre le lieu d’arrivée et celui de départ, avant et après le trajet définitif.
En effet, on distingue entre plusieurs formes de migrants :
- Migrant économique, il faut noter que la migration de travail (économique) est par nature difficile à évaluer compte tenu du manque de chiffres pour le secteur informel et des « clandestins »[24]. Ces flux migratoires[25] concernent environ 100 millions de personnes. Selon de récentes statistiques les principaux foyers de migration de travail se trouveraient en Inde et au Canada qui ont des politiques d'accueil à l'égard des populations. Elle n'est en général pas volontaire.
- Migrant en situation irrégulière − Personne qui franchit ou a franchi une frontière internationale sans autorisation d’entrée ou de séjour dans le pays en application de sa législation ou d’accords internationaux dont il est partie.
- Migrant en situation régulière − Personne qui franchit ou a franchi une frontière internationale et est autorisée à entrer ou à séjourner dans un État conformément à la législation dudit État et aux accords internationaux auxquels il est partie.
- Migrant environnemental – Personne ou groupe de personnes qui, essentiellement pour des raisons liées à un changement environnemental soudain ou progressif influant négativement sur leur vie ou leurs conditions de vie, sont contraintes de quitter leur lieu de résidence habituelle ou le quittent de leur propre initiative, temporairement ou définitivement, et qui, de ce fait, se déplacent à l’intérieur ou hors de leur pays d’origine ou de résidence habituelle.
- MIGRANTS EN SITUATION DE VULNERABILITE – Migrants qui ne peuvent de fait pas jouir de leurs droits de l’homme, qui sont particulièrement exposés à des risques de violations et de violences et qui, en conséquence, ont le droit de demander une protection accrue de la part des débiteurs d’obligations.
- MIGRATION CLIMATIQUE – Mouvement d’une personne ou d’un groupe de personnes qui, essentiellement pour des raisons liées à une modification soudaine ou progressive de l’environnement en raison du changement climatique, sont contraintes de quitter leur lieu de résidence habituelle, ou le quittent de leur propre initiative, temporairement ou définitivement, pour se rendre ailleurs sur le territoire d’un État ou par‑delà une frontière internationale.
- MIGRATIONS SURES, ORDONNEES ET REGULIERES – Mouvements de personnes s’effectuant conformément aux lois et réglementations régissant l’entrée, la sortie, le retour et le séjour dans un État, et conformément aux obligations incombant aux États au titre du droit international, de telle sorte que la dignité humaine et le bien-être des migrants soient préservés, que leurs droits soient respectés, protégés et réalisés, et que les risques associés à de tels mouvements soient pris en compte et atténués[26].
- ÉMIGRATION – Du point de vue du pays de départ, action de quitter le pays de nationalité ou de résidence habituelle pour s’installer dans un autre pays, de sorte que le pays de destination devient effectivement le nouveau pays de résidence habituelle.
- IMMIGRATION – Du point de vue du pays d’arrivée, fait de se rendre dans un pays autre que celui de sa nationalité ou de sa résidence habituelle, de sorte que le pays de destination devient effectivement le nouveau pays de résidence habituelle[27].
- LA ROUTE DE L’EST
- Une combinaison de facteurs structurels et de gouvernance contribue à l’augmentation constante des migrations africaines qui, si les tendances actuelles se maintiennent, verront les migrations transfrontalières africaines atteindre 11 à 12 millions de personnes d’ici 2050.
- Bien que l’Afrique ait connu une croissance économique soutenue et solide depuis 2000, la région continue d’avoir les revenus moyens par habitant les plus bas du monde. On estime que 35 % de la population de l’Afrique subsaharienne vit dans la pauvreté ; ce qui crée une pression énorme sur les membres des ménages ayant un revenu pour qu’ils trouvent un emploi afin de répondre aux besoins essentiels[58].
- La migration la plus importante en Afrique a toujours lieu à l’intérieur des pays, le plus souvent de manière circulaire, des zones rurales vers les zones urbaines. Les moyens de subsistance ruraux durables devenant plus précaires en raison du réchauffement climatique, une part croissante des migrants — entre 70 et 110 millions de personnes — pourrait être forcée de rendre ces déplacements permanents.
- En tant que continent le plus jeune du monde, l’Afrique continue de connaître une croissance démographique plus importante que toute autre région de la planète. Selon les estimations, la population africaine devrait doubler, passant de 1,2 milliard à 2,5 milliards d’habitants en 2050, et 10 à 12 millions de jeunes Africains rejoignent la population active chaque année. Alors que les taux de fécondité semblent baisser plus rapidement que prévu, l’Afrique devrait disposer d’un grand nombre de jeunes gens aptes à l’emploi jusqu’à la fin du siècle.
- Les conflits non résolus sur le continent génèrent un nombre record de populations déplacées de force. En outre, le retour à un régime autocratique a restreint les libertés fondamentales et accentué la répression, ce qui contribue à l’augmentation des déplacements. Les déplacements forcés prolongés obligent les jeunes à se rendre dans les zones urbaines, puis potentiellement hors du continent, ce qui accroît les migrations[59].
- lutter contre les moteurs des migrations, intensifier les efforts d’élimination de la pauvreté, de création d’emplois et de bonne gouvernance. Mettre effectivement en œuvre les cadres de développement, en particulier le Programme 2030 et l’Agenda 2063, et s’acquitter des engagements pris dans le cadre du Programme d’action d’Addis-Abeba sur le financement du développement[75] ;
- Ériger en priorités la prévention des conflits et la consolidation de la paix ainsi que le lutte contre le terrorisme afin de réduire autant que possible les déplacements forcés ;
- empêcher les interventions politiques et militaires de forces extérieures en Afrique qui entraînent des migrations de grande ampleur liées aux conflits ; promouvoir davantage les mécanismes africains de maintien de la paix et de prévention des conflits, la résolution des conflits et les solutions durables aux problèmes des personnes déplacées ;
- Veiller à ce que les investissements nationaux et étrangers, les politiques économiques et les projets d’infrastructures ne dépossèdent pas les populations locales de leurs biens vitaux, tels que les terres, et de leurs moyens de subsistance, afin de prévenir leur déplacement ;
- Veiller à ce que les gouvernements fassent participer les populations locales à la planification du développement et dédommagent comme il se doit les populations vulnérables qui sont obligées de se déplacer à cause de projets tels que la construction de barrages et de routes ou de projets liés au développement de l’industrie et du secteur agro-industriel ainsi qu’au développement urbain ;
- Promouvoir la planification par anticipation en intégrant la réduction des risques de catastrophes et les systèmes d’alerte rapide en cas de conflit dans la planification nationale et tenir compte des migrants dans la planification et la gestion de la réduction des risques de catastrophes[76] ;
- Favoriser la coordination des méthodes employées pour faire face aux moteurs complexes des migrations en renforçant les mécanismes de coordination et en liant la planification de l’action humanitaire et la planification du développement ;
- Promouvoir la cohérence et la coordination sur les questions de migration entre les gouvernements nationaux et infranationaux, et donner des moyens d’action aux villes et aux autorités locales en les associant à l’élaboration et à la mise en œuvre de politiques car elles sont concernées au premier chef par les défis et les chances que présentent les migrations ;
- Promouvoir un dialogue largement ouvert entre les pays et d’autres acteurs importants sur les moyens de faciliter des migrations sûres et ordonnées ;