Les conséquences de démantèlement du système d’aide internationale des Etats-Unis : TRUMP a-t-il provoqué un tsunami humanitaire mondial ?

« Nous favoriserons les nations qui ont démontré à la fois la capacité et la volonté de s’aider elles-mêmes et nous dirigerons nos ressources vers des domaines où elles peuvent avoir un effet multiplicateur et catalyser, un secteur privé durable, y compris les entreprises américaines, et l’investissement mondial.[1]» Le secrétaire d’État américain Marco Rubio.
« En tant qu'organisation médicale humanitaire intervenant dans les mêmes situations de crise que l'Agence américaine pour le développement international (USAID) et ses partenaires, nous savons que l'arrêt brutal de l'aide humanitaire et médicale ainsi que le démantèlement soudain du système de l'aide soutenu par le gouvernement américain entraîneront une catastrophe humanitaire majeure qui affectera des millions de personnes parmi les plus vulnérables dans le monde.[2]» Avril Benoît, directrice générale de Médecins Sans Frontières USA.
« Nous pensons au nombre incalculable de réfugiés et personnes déplacées, aux enfants menacés par le paludisme et aux personnes qui ont besoin d'un traitement contre le VIH et la tuberculose et dont les soins risquent d'être interrompus. Nous recevons déjà des informations de la part d'organisations locales qui ont fermé leurs portes et ne savent pas quand, ni si, elles pourront les rouvrir.[3]»
L’aide au développement est une des innovations politiques les plus originales du XXe siècle. Jamais auparavant n’avait-on vu des pays riches transférer, sur une base unilatérale et non réciproque, des ressources financières aussi considérables vers des pays pauvres. L’apparition de l’aide fut un événement sans précédent dans l’histoire des relations internationales. L’impact de cette innovation institutionnelle a été considérable si l’on en juge d’abord par les chiffres : depuis la fin des années 1940, les pays développés ont consacré environ 1000 milliards de dollars à la coopération au développement (World Bank, 1998)[4].
En termes plus politiques, l’aide s’est si bien imposée comme l’un des piliers des rapports Nord-Sud modernes que plusieurs observateurs considèrent qu’elle fait désormais partie intégrante du droit international coutumier (Zamora, 1997: 264)[5]. Enfin, il convient de souligner que l’aide constitue aujourd’hui l’un des principaux leviers de la mondialisation des politiques sociales (Deacon, 1997)[6].
L’évolution qu’a connue le régime de l’aide depuis sa création est indissociable des changements structurels qui sont survenus dans le système international à la suite d’événements comme la décolonisation, l’échec du nouvel ordre économique international, l’endettement du Tiers Monde[7], la fin de la guerre froide ou l’accélération de la mondialisation.
L'importance globale et relative de l'aide financière accordée aux pays « en voie de développement »[8] par les pays plus développés est un sujet de recherche qui ne saurait laisser indifférents ceux qui ont été, ou peuvent être appelés à participer à l'œuvre d'assistance technique, ainsi que les « financiers » des États donateurs, quelque peu effarés par le torrent de milliards qu'ils ont requis de répandre à la surface de la terre[9].
Dans le cadre cette analyse, même s’il est essentiel, notamment pour mieux comprendre les transformations de l’aide au développement, nous ferons abstraction des aspects idéologiques proprement dits liés à cette dernière.
Définition du concept
L’Aide Publique au Développement correspond globalement à l’aide que les gouvernements des pays développés accordent aux pays en développement. Elle est fournie par ces derniers dans le but de promouvoir le développement économique et d’améliorer les conditions de vie dans les pays en développement. Le Comité d’aide au développement (CAD) de l’OCDE[10] l’a adoptée en 1969 comme la norme de référence en matière d’aide extérieure. L’OCDE est la seule source officielle de statistiques fiables, comparables et complètes sur l'APD
Bien que les règles de notifications de l’APD n’aient cessé d’évoluer au fil des ans, il existe une définition de base proposée par le CAD[11] et restée inchangée depuis 1972[12].
Selon cette définition, quatre conditions élémentaires doivent être réunies pour que les financements alloués puissent être comptabilisés comme APD :
- Émaner d’organismes publics (États, collectivités locales, ou organismes agissant pour le compte d’organismes publics).
- Être destinés aux pays ou territoires éligibles à l’APD. Ces pays figurent sur une liste des bénéficiaires de l’APD, dite « liste I », établie par le CAD et révisée tous les trois ans.
- Être proposés à des conditions financières favorables. À ce titre, les apports de ressources doivent s’effectuer sous forme de dons ou de prêts concessionnels présentant un élément de libéralité (ou élément « don ») supérieur ou égal à 25%. Les allègements de dette peuvent aussi être comptabilisés dans l’APD.
- Avoir pour but de « favoriser le développement économique et l’amélioration du niveau de vie des pays en développement ». Ce dernier critère a donné lieu à de nombreux débats autour du périmètre de l’aide et de ce qu’il convient ou non d’intégrer dans l’APD.
- 10 000 programmes d’aide interrompus, privant des millions de personnes de soins essentiels.
- Plus de 20 000 décès déjà enregistrés faute de traitements disponibles.
- Chaque jour, 1 400 bébés naissent avec le VIH alors qu’ils en seraient exempts si les programmes destinés à aider leurs mères n’avaient pas été gelés.
- Sans intervention, l’ONU estime que 6,3 millions de décès supplémentaires dus au SIDA pourraient survenir d’ici cinq ans[31].