Entre le 23 décembre 2025 et le 3 février 2026, la Libye a été frappée par deux événements majeurs : la mort du chef d’état-major général Mohamed Al Haddad dans un accident d’avion en Turquie, puis l’assassinat ciblé de Saïf al-Islam Kadhafi par un commando armé.
Bien que présentés officiellement comme des faits distincts – l’un accidentel, l’autre criminel – leur proximité temporelle et leur portée politique interrogent profondément.
La mort du chef d’état-major : un accident aux zones d’ombre
Officiellement, le décès du général Mohamed Al Haddad résulte d’un accident aérien dû à une panne électrique, survenu peu après le décollage d’Ankara. Pourtant, plusieurs éléments nourrissent le doute.
Les éléments troublants
- Une panne électrique totale sur un jet d’affaires moderne (Falcon 50), utilisé pour des missions officielles sensibles, reste rare.
- L’avion disparaît des radars après avoir demandé un atterrissage d’urgence, sans qu’aucun contact ne soit rétabli.
- Des images d’explosion dans le ciel, diffusées par les télévisions turques, renforcent les soupçons d’un incident non conventionnel.
- La visite du chef d’état-major s’inscrivait dans un contexte géopolitique délicat, alors que la Turquie tente un rééquilibrage entre Tripoli et Benghazi.
Mohamed Al Haddad n’était pas un officier ordinaire. Il incarnait l’architecture militaire du Gouvernement d’unité nationale (GNU). Il se situait au cœur des équilibres sécuritaires entre milices, institutions et alliés étrangers. Sa disparition soudaine affaiblit objectivement la chaîne de commandement du camp de Tripoli.
L’assassinat de Saïf al-Islam Kadhafi : une élimination politique assumée
Contrairement au premier cas, la mort de Saïf al-Islam est clairement un assassinat ciblé. Il s’agit d’une meurtre méthodique à cause de l’intervention d’un commando organisé, la neutralisation préalable des caméras de surveillance et l’exécution à domicile, sans affrontement prolongé. Tout indique une opération planifiée, menée par des acteurs disposant de renseignements précis.
Un personnage toujours dérangeant
Saïf al-Islam restait un symbole politique puissant, notamment pour une partie de la population nostalgique de l’ancien régime. Il était un acteur électoral potentiel, malgré son statut controversé et son passé judiciaire et un facteur de recomposition imprévisible du paysage politique libyen. Son élimination ferme définitivement la porte à un retour, même partiel, du courant kadhafiste par les urnes.
La question centrale n’est pas de savoir si les deux événements sont directement liés, mais s’ils s’inscrivent dans une même dynamique de reconfiguration du pouvoir.
Ce sont donc deux figures hautement stratégiques, chacune à sa manière. Ces deux morts redistribuent les cartes politiques et sécuritaires. On assiste ensuite à deux enquêtes annoncées, mais dans un pays où la justice reste fragmentée et politisée.
Dans un État encore marqué par la prolifération des groupes armés, l’ingérence étrangère et l’absence d’un consensus national durable. Ces morts profitent, volontairement ou non, à ceux qui cherchent à figer le statu quo ou à éliminer toute alternative crédible.
L’accident d’avion était-il réellement accidentel ?
Une défaillance technique suffit-elle à expliquer la perte totale de contrôle et l’explosion observée ? Pourquoi un tel silence sur les conclusions préliminaires de l’enquête turque ?
Y a-t-il des éléments classifiés ou politiquement sensibles ? À qui profitait la disparition du chef d’état-major libyen ? Comment un commando a-t-il pu atteindre Saïf al-Islam dans une zone censée être surveillée ? Pourquoi éliminer Saïf al-Islam alors que le processus électoral est au point mort mais susceptible de redémarrer ? Une phase où les figures symboliques sont éliminées pour éviter toute recomposition nationale. Ces deux événements, survenus en l’espace de 33 jours, illustrent une réalité persistante : en Libye, le pouvoir se règle encore plus par la force et l’élimination que par les urnes. Cheikh GUEYE

