juillet 22, 2024
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Economie

SITUATION ECONOMIQUE DU SENEGAL : Les révélations du rapport de la Banque Mondiale

La Banque Mondiale a rendu public, mercredi 12 juin 2024, son rapport sur la situation économique du Sénégal. Le document fait état d’une croissance du PIB réel estimée à 4,3 % – 1,5% par habitant en 2023, soit supérieur au taux de croissance de 3,8 % enregistré en 2022 et au-dessus des projections initiales de 4,1 %. Selon l’institution financière mondiale, « l’économie sénégalaise s’est montrée résiliente en 2023 dans un contexte de tensions politiques conjuguées à une inflation persistante quoiqu’en baisse. » DakarTimes vous propose le résumé du rapport de la BM.

La Banque mondiale estime que les incertitudes internationales et régionales croissantes nécessitent des actions proactives pour préserver les progrès socioéconomiques réalisés au Sénégal au cours de la dernière décennie. L’instabilité politique a considérablement ralenti la croissance au cours du second semestre 2023, tandis que le resserrement des marchés financiers internationaux et régionaux a aggravé les déséquilibres budgétaires et extérieurs. Face à ces défis, il est impératif de créer une marge de manœuvre budgétaire suffisante et de renforcer la capacité du Sénégal à absorber les chocs et à relever les défis de développement. Pour atteindre le critère de convergence régionale de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) qui plafonne le déficit budgétaire à 3 % du PIB, un effort d’assainissement budgétaire ajustant le PIB de 3,6 points de pourcentage est requis pour 2024–2025. Pour y parvenir, le Sénégal devra accélérer la mise en œuvre de sa stratégie de recettes à moyen terme (SRMT) afin d’accroître les recettes fiscales et de rationaliser les dépenses publiques tout en préservant les investissements essentiels et les dépenses prioritaires pour les populations vulnérables. Des mesures proactives pour remédier aux déséquilibres macroéconomiques croissants, accélérer la mobilisation des recettes, maintenir une stratégie d’emprunt prudente et une gestion proactive de la dette, et assurer la mise en œuvre constante des réformes structurelles sont essentiels pour aider le Sénégal à réaliser ses ambitions de développement national.

L’augmentation des recettes fiscales joue un rôle prépondérant dans l’élargissement de la marge de manœuvre budgétaire nécessaire pour atteindre les objectifs de développement et à améliorer les conditions de vie des Sénégalais. Malgré une stagnation de l’incidence de la pauvreté entre 2018/2019–2021/2022, le nombre total de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté a augmenté, ce qui suggère que les bénéfices ne parviennent pas systématiquement aux plus démunis. Bien que les inégalités aient diminué, cela résulte principalement du fait que la baisse de consommation chez les ménages les plus pauvres a été moins prononcées que chez les plus riches, tandis que ceux à revenu intermédiaire ont vu leur consommation augmenter. En outre, la réduction de la pauvreté progresse à un rythme plus lent que dans d’autres pays de la région. L’augmentation des coûts des emprunts publics à court et à moyen terme du a un resserrement des conditions de financement, souligne l’urgence d’accélérer la mobilisation de recettes intérieures pour financer les ambitions de développement du Sénégal. L’impôt sur le revenu des personnes physiques (IRPP) représente une opportunité significative d’augmentation des recettes fiscales – une source de revenus stable pour la stabilité macroéconomique et le développement à long terme. Ce rapport sur la situation économique au Sénégal se concentre donc sur la pauvreté et l’équité dans un contexte de crises multiples, et les stratégies permettant d’augmenter la collecte des recettes fiscales via l’impôt sur le revenu des personnes physiques.

Développements économiques récents

Ici, la BM souligne que l’économie sénégalaise s’est montrée résiliente en 2023 dans un contexte de tensions politiques conjuguées à une inflation persistante quoiqu’en baisse. La croissance du PIB réel est estimée à 4,3 % – 1,5 % par habitant en 2023 – soit supérieur au taux de croissance de 3,8 % enregistré en 2022 et au-dessus des projections initiales de 4,1 %. Les tensions politiques, conjuguées à une inflation élevée, ont perturbé les secteurs tertiaires et réduit le dynamisme de la croissance des dépenses de consommation et les investissements. Du côté de la demande, la croissance de la consommation privée et de l’investissement a ralenti, reflétant le report des investissements par les entreprises et la réduction des dépenses due à la baisse du pouvoir d’achat associée à une inflation élevée. Du côté de l’offre, la croissance du secteur tertiaire a ralenti, principalement en raison de la réduction des activités commerciales dans la restauration et l’hôtellerie ainsi que dans les technologies de l’information et de la communication (TIC), et d’un ralentissement des services financiers et d’assurance à la suite des troubles sociaux et des tensions politiques. Malgré les difficultés rencontrées dans le secteur extractif, le secteur secondaire du Sénégal a prospéré grâce aux contributions positives de la production de ciment.

Après avoir atteint un pic de 9,7 % en 2022, l’inflation a reculé à 5,9 % en 2023. Cette diminution de l’inflation globale est liée à la baisse des prix internationaux des produits de base et la normalisation des chaînes d’approvisionnement. En outre, les facteurs externes, tels que la dépréciation du franc CFA par rapport au dollar américain en 2022 et sa répercussion sur les prix des produits importés et locaux, se sont atténués. La plupart des mesures administratives visant à plafonner les prix de certains produits alimentaires, notamment le riz et le sucre, sont toujours en vigueur contribuant à contenir l’inflation et alléger le coût de la vie. Cependant, les pressions exercées par les prix de l’énergie, y compris l’électricité, le gaz et d’autres combustibles (qui ont augmenté en moyenne de 10 % en 2023) ont lourdement pesé sur l’inflation.

L’ambition de consolider les finances publiques envisagée dans la loi de finances 2023 s’est matérialisée même si le déficit global a été un peu plus élevée que prévu. Le déficit budgétaire aurait baissé de 6,5 % du PIB en 2022 à 5,1 % en 2023, au-dessus de l’objectif de 4,9 % du PIB fixé dans la loi des finances de 2023. Les recettes fiscales ont augmenté pour atteindre 19,4 % du PIB, soit environ 1,2 point de pourcentage de plus qu’en 2022, principalement en raison de la hausse de la collecte des recettes sur les biens et services et de l’impôt sur le revenu des personnes et des sociétés. Les dépenses publiques sont restées stables à 26,6 % du PIB, avec l’augmentation des dépenses liées à la masse salariale et au coût financier de la dette publique. Les mesures de soutien au pouvoir d’achat (0,6 % du PIB) et les subventions au secteur de l’énergie comprenant les arriérés en cours (4,2 % du PIB à la fin septembre 2023) continuent de peser sur les efforts d’assainissement budgétaire. En conséquence, la dette publique et la dette garantie par l’État auraient augmenté de 75,6 % du PIB en 2022 à 80,8 % du PIB en 2023 – ce qui équivaut à 17,2 points de pourcentage du PIB au-dessus des niveaux d’avant la pandémie (2019).

Le Sénégal reste exposé à un risque modéré de surendettement public, avec des marges limitées pour absorber d’éventuels chocs futurs. Conformément à sa stratégie de gestion de la dette à moyen terme, le Sénégal a l’intention de réorienter de plus en plus son financement vers le marché régional en raison du resserrement des conditions de financement sur le marché obligataire international, et des taux d’intérêt monétaires élevés dans les économies avancées.

Le déficit du compte courant s’est considérablement amélioré, permettant ainsi d’augmenter les réserves internationales. Selon les estimations, il est passé de 19,9 % du PIB en 2022 à 14,5 % du PIB en 2023, principalement grâce à la reprise des échanges avec le Mali et à une réduction progressive des importations de services dans le secteur des hydrocarbures. Il a été financé par des investissements directs étrangers, des transferts de fonds, ainsi que des financements des partenaires au développement.

Pour lutter contre l’inflation, la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a relevé ses taux d’intérêt directeurs de 150 points de base cumulés depuis la mi-2022, à 3,5 % pour les appels de fonds et à 5,5 % pour la facilité de prêt marginal. L’orientation de la politique monétaire reste néanmoins accommodante. Dans la région, l’inflation (en moyenne de 3,7 % en 2023) reste supérieure à l’objectif fixé, et les réserves de change sont en baisse, estimées à 3,5 mois d’importations à la fin de 2023, contre 4,3 mois à la fin de 2022. La croissance du crédit s’est accélérée, passant de 29,3 % en 2022 à 32,3 % du PIB en 2023. Malgré les multiples crises et les incertitudes nationales, régionales et mondiales, le secteur financier a fait preuve de résilience en affichant une baisse des prêts improductifs.

Perspectives, risques et défis

A en croire la Banque mondiale, les perspectives restent globalement positives, avec l’engagement des autorités pour des réformes structurelles majeur et l’amélioration de la transparence, mais elles dépendent d’un solide engagement en faveur de la stabilité macroéconomique. Les perspectives de croissance reposent sur la mise en œuvre de réformes structurelles majeurs permettant au Sénégal de poursuivre sa transformation économique, ainsi que sur la mise en œuvre de son agenda de développement axé sur l’amélioration des opportunités économiques et de l’inclusion sociale. Les perspectives reposent également sur l’atténuation des tensions géopolitiques mondiales actuelles, la reprise de l’économie mondiale et du commerce à moyen terme, et l’amélioration de la stabilité régionale. Le gouvernement devra s’engager à rétablir la stabilité macroéconomique et à constituer des réserves pour améliorer la viabilité de la dette en mettant en œuvre une politique fondée sur les recettes et en rationalisant les dépenses publiques. Cela témoignera d’un engagement fort en faveur de l’assainissement budgétaire à partir de 2024, en vue d’atteindre l’objectif budgétaire fixé par l’UEMOA à 3 % d’ici à 2025. La croissance à court terme devrait s’accélérer pour atteindre 7,1 % en 2024 et une moyenne de 7,7 % en 2025–2026. La pauvreté (selon le seuil international d’extrême pauvreté, défini à 2,15 dollars US par jour en PPA de 2017) devrait tomber à 8,7 % en 2024 (1,1 point de pourcentage de moins qu’en 2023), grâce à la croissance réelle par habitant dans l’agriculture, où 57 % des pauvres sont employés, et à une réduction de l’inflation, en particulier des prix des denrées alimentaires. Malgré les vents contraires, la réduction de la pauvreté devrait se poursuivre à moyen terme, grâce à l’amélioration des opportunités économiques, en particulier pour les jeunes.

Dans l’ensemble, les incertitudes nationales, régionales et mondiales sont élevées, faisant pencher les risques vers la baisse. Le contexte de crises multiples et ses effets négatifs sur l’économie nationale persistent. La prolongation des tensions géopolitiques mondiales continue de faire grimper l’inflation plus haut que prévu et pourrait entraîner une augmentation de la pauvreté et une politique monétaire encore plus agressive, limitant davantage le financement de l’État et exacerbant les vulnérabilités de la dette. La sécurité régionale et les incertitudes politiques ont de graves implications socioéconomiques, notamment le risque de retrait de l’Alliance des États du Sahel de la CEDEAO avec un impact sur les exportations vers le Mali, qui représentent 20 % des exportations totales du Sénégal. Le mécontentement social, qui pourrait résulter de la suppression progressive des subventions à l’énergie, et l’incertitude politique pourraient compromettre l’assainissement budgétaire envisagé. En même temps, des retards dans l’assainissement budgétaire effectif pourraient gravement affecter la viabilité de la dette et la croissance.

Point d’attention 1 : Pauvreté et équité dans un contexte de crises multiples

La Bm souligne que le Sénégal a relativement bien résisté aux multiples chocs, l’incidence de la pauvreté restant relativement inchangée à 37,5 % en 2021/2022 contre 37,8 % en 2018/2019, malgré la pandémie. L’incidence de la pauvreté (en utilisant le seuil national de pauvreté) est stable dans les zones urbaines et rurales, mais avec des tendances régionales contrastées. On observe une baisse sensible de la pauvreté dans la vallée du fleuve Sénégal (centre) et au Sénégal oriental limitrophe du Mali, contre une légère augmentation dans le sud en Casamance. Les tranches de revenus intermédiaires ont connu une augmentation de la consommation réelle par habitant, tandis que les plus pauvres et les plus aisés enregistraient des baisses de consommation, dont les plus importantes ont affecté les plus aisés. Cette tendance s’est traduite par une baisse des inégalités, l’indice de Gini passant de 35,1 % en 2018/2019 à 33,4 % en 2021/2022, suggérant une légère amélioration dans les inégalités. L’écart de pauvreté et le carré de l’écart de pauvreté ont légèrement diminué dans les zones urbaines tout en augmentant légèrement dans les zones rurales, où les niveaux de pauvreté sont déjà plus élevés. Par conséquent, le niveau de vie des ménages pauvres ne s’est généralement pas détérioré dans les zones urbaines, mais s’est quelque peu dégradé dans les zones rurales.

Les Sénégalais pauvres restent concentrés dans les zones rurales et plus fortement dans le bassin arachidier. Le Sénégal comptait 17,4 millions d’habitants en 2021/2022, dont 6,5 millions vivant en dessous du seuil de pauvreté. Les trois quarts des pauvres vivent toujours en milieu rural, tout comme en 2018. Combinant une forte population et un taux de pauvreté moyen élevé, les régions de Diourbel, Kaolack et Thiès, dans le bassin arachidier, abritent près d’un tiers des pauvres du pays. En revanche, malgré les taux de pauvreté très élevés qui les caractérisent, les régions de Tambacounda et Kédougou, à l’est du pays, comptent respectivement 9 % et 2 % de pauvres. En effet, à l’exception de Kédougou (en raison de sa faible population), chaque région, abrite au moins 5 % de pauvres. Par conséquent, si l’objectif des politiques est de réduire le nombre des pauvres, les programmes de lutte contre la pauvreté doivent cibler toutes les régions, Dakar compris.

La baisse observée de la consommation par habitant a été surtout ressentie par les ménages plus aisés. Entre 2018/2019 et 2021/2022, la consommation moyenne par habitant a diminué de 1,6 % par an, alors qu’elle a légèrement augmenté pour les 40 % les plus pauvres de la population, avec un taux de croissance annuel de 0,11 %. Il en résulte un gain de prospérité partagée de près de 1,3 %, ce qui signifie que la consommation moyenne des 40 % les plus pauvres de la population s’est rapprochée de celle de l’ensemble de la population de 1,3 % par an en moyenne. Il est toutefois important de noter que cette augmentation de la prospérité partagée résulte d’une baisse de la consommation des ménages plus aisés plutôt que d’un gain réel de consommation pour les plus pauvres.

En fait, les ménages faisant partie des 10 % inférieurs de la distribution, y compris dans les zones rurales, ont vu baisser leur consommation.

Le taux de croissance moyen des plus pauvres a été moins négatif que celui des plus aisés, ce qui a entraîné une diminution des inégalités aux niveaux aussi bien national qu’urbain et rural. Au niveau national, le coefficient de Gini, l’un des indicateurs d’inégalité les plus connus, a diminué de 1,7 point, passant de 35,1 en 2018/2019 à 33,4 en 2021/2022. Alors que la consommation moyenne par habitant des 20 % les plus riches représentait 5,5 fois celle des 20 % les plus pauvres en 2018/2019, ce ratio est tombé à 5,2 en 2021/2022. Cette baisse reflète toutefois une perte de consommation (en termes réels) des ménages plus aisés, principalement des zones urbaines, plutôt qu’une augmentation de la consommation des plus pauvres. Les inégalités ont diminué dans les zones urbaines et rurales.

Point d’attention 2 : Options pour augmenter les recettes fiscales de l’impôt sur le revenu des personnes physiques (IRPP)

D’après la BM, l’amélioration de la mobilisation des recettes domestiques est essentielle pour que le Sénégal puisse réaliser ses ambitions en matière de développement. Entre 2014 et 2019, le Sénégal a été l’une des économies les plus dynamiques de l’Afrique subsaharienne (ASS). La croissance du PIB a été en moyenne de 6 % sur la période 2014–2019, l’une des plus élevées de l’ASS, et le PIB réel par habitant a augmenté de 17,9 % au cours de la même période. Pour financer ses ambitions de développements, il est impératif pour le Sénégal de maintenir les investissements dans le capital humain et les infrastructures, et de stimuler la productivité. L’insuffisance des recettes a souvent réduit la capacité du Sénégal à améliorer et à soutenir la croissance et à investir dans la population. Elle a en outre entraîné le recours à une accumulation de la dette qui a accru les vulnérabilités budgétaires et limité la marge de manœuvre budgétaire permettant d’absorber les chocs.

La croissance et le dynamisme des recettes fiscales du Sénégal se sont régulièrement améliorés au cours de la dernière décennie, surpassant ses pairs, mais les recettes restent en deçà de leur potentiel. Les recettes fiscales ont stagné autour de 15 % du PIB entre 2010 et 2018 avant d’augmenter progressivement pour atteindre 16,8 % du PIB en 2020 et 18,2 % en 2022, le niveau le plus élevé jamais atteint. Ces chiffres sont à comparer à la moyenne de 15,7 % du PIB pour les pays de l’Afrique subsaharienne, de 13,6 % du PIB pour les pays à faible revenu (PFR) et d’environ 34 % du PIB pour les pays de l’OCDE. Cette performance relativement bonne ne suffit toutefois pas à renforcer la capacité du Sénégal à répondre aux besoins de développement de sa population et à favoriser la résilience face à l’incertitude. La marge de manœuvre budgétaire limitée et de plus en plus restreinte entrave l’investissement productif et les efforts visant à assurer la résilience face aux chocs futurs. Comme la plupart des pays à revenu faible ou intermédiaire, le Sénégal dépend fortement des impôts indirects, qui constituaient 71 % des recettes fiscales totales en 2021, même si la dépendance de la collecte des recettes à l’égard des taxes commerciales a diminué. Cela offre une possibilité d’exploiter stratégiquement le système d’impôts directs pour améliorer la mobilisation des ressources intérieures.

L’impôt sur le revenu des personnes physiques produit peu de recettes, et sa contribution aux recettes fiscales totales a stagné au cours de la dernière décennie en raison de l’étroitesse de l’assiette fiscale et de l’absence d’élan réformateur. L’IRPP a augmenté au cours des trois dernières décennies, mais ne rapporte que peu de recettes (2,8 % du PIB en 2021), nettement moins que la moyenne de 8,3 % du PIB de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), mais plus que la moyenne de l’UEMOA (0,82 % du PIB) et de la CEDEAO (1,38 % du PIB). Malgré plusieurs tentatives de réforme, la contribution des recettes de l’IRPP au total des recettes fiscales a stagné à 15 % entre 2010 et 2021, tandis qu’elle augmentait dans les pays pairs aspirationnels au cours de la même période. L’assiette fiscale reste étroite, avec un nombre limité de contribuables remplissant des déclarations d’impôt et de faibles niveaux de formalité. Les niveaux de formalité des emplois et des entreprises sont particulièrement bas, avec des signaux inquiétants de détérioration en 2022, avec seulement 12,5 % de travailleurs salariés formels, car la reprise post-COVID-19 semble avoir apporté des emplois de moindre qualité. En fait, seul un tiers des travailleurs du décile des revenus les plus élevés et moins d’un cinquième des entreprises sont formels. Le niveau de formalité faible, quand il n’est pas en diminution, érode l’assiette fiscale, affaiblissant ainsi la capacité de l’IRPP à contribuer aux recettes fiscales. Le système de l’impôt sur le revenu des personnes physiques est peu respecté, en l’absence d’une solide approche fondée sur les données.

L’accélération des réformes de l’administration fiscale et des politiques visant l’IRPP peut contribuer à stimuler les efforts de mobilisation des recettes intérieures. L’informalité, l’étroitesse de l’assiette fiscale et l’application limitée de la législation entravent la capacité des impôts directs à augmenter les recettes et à corriger les inégalités avant l’imposition. En dehors de l’IRPP, les autres impôts directs sur le capital, la propriété et les loyers sont soumis à des taux d’imposition faibles et non progressifs. Les impôts sur le capital, les impôts fonciers et les impôts sur les bénéfices des petites entreprises (la CGU ou contribution globale unique) sont soumis à des barèmes d’imposition faibles et non progressifs, ce qui limite la capacité de redistribution des impôts directs. La mise en œuvre de la stratégie de recettes à moyen terme (SRMT) 2020–2025 et les réformes en cours de l’administration fiscale ont renforcé la capacité de mobilisation des recettes, grâce à des efforts de numérisation des procédures fiscales et douanières et à l’élargissement de l’assiette fiscale. Il est néanmoins possible de faire davantage pour faire respecter l’impôt sur le revenu des personnes physiques. Des micro- simulations montrent que la clarification du cadre juridique de la déclaration d’impôt pour toutes les sources de revenus et l’application de l’obligation de déclaration permettraient d’augmenter les recettes sans accroître la pauvreté et les inégalités. La numérisation de l’administration fiscale – afin de réduire le coût de la conformité, d’améliorer le suivi des contribuables, de renforcer l’application de la loi, les données et une approche fondée sur des faits – permettrait d’obtenir des recettes plus proches de leur potentiel.

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