avril 16, 2024
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Politique

Présidentielle au Sénégal : Bassirou Diomaye Faye, vainqueur dès le premier tour, « paraissait le mieux placé pour incarner la rupture »

Amadou Ba, candidat du pouvoir, a reconnu sa défaite face à l’opposant antisystème et dauphin désigné du leader du Pastef, Ousmane Sonko. Un résultat dont le premier responsable est Macky Sall, selon le politologue Gilles Olakounlé Yabi.

Au Sénégal, il aura fallu attendre moins de vingt-quatre heures après la fermeture des bureaux de vote pour connaître l’issue de l’élection présidentielle qui s’est tenue dimanche 24 mars. Contre toute attente, l’opposant antisystème Bassirou Diomaye Faye, dauphin désigné du leader des Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef), Ousmane Sonko, l’a emporté dès le premier tour. Une victoire reconnue dès le lendemain du scrutin par Amadou Ba, candidat du pouvoir.

Pour Gilles Olakounlé Yabi, qui a fondé et dirige le laboratoire d’idées citoyen Wathi, installé à Dakar, le président sortant, Macky Sall, est le premier responsable de cette défaite.

Peu d’observateurs pariaient sur un succès au premier tour de Bassirou Diomaye Faye. Comment expliquez-vous sa large victoire ?

Gilles Olakounlé Yabi Ce n’est pas totalement une surprise. Bassirou Diomaye Faye faisait partie des deux favoris. Sa victoire est l’expression d’un profond sentiment d’exaspération vis-à-vis de la gouvernance du président sortant, Macky Sall. Le Sénégal connaît de fortes tensions depuis trois ans. Il y a eu de nombreuses poursuites judiciaires et, à certains moments, près d’un millier de personnes ont été emprisonnées. Les manœuvres politiciennes des dernières semaines, particulièrement la perspective d’un report du scrutin en décembre alors qu’il devait se tenir initialement le 25 février, ont été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.

Le Pastef a, certes, un socle électoral solide, mais il a aussi bénéficié du renfort de beaucoup d’électeurs qui refusaient une continuité de la politique de Macky Sall. Ceux qui ont voté pour Bassirou Diomaye Faye n’ont pas été nécessairement convaincus par la personnalité du candidat ou son projet. Ils se sont prononcés pour celui qui paraissait le mieux placé pour incarner la rupture, quel qu’il soit.

Cela signifie-t-il que ce résultat est surtout un camouflet pour le président sortant ?

En persécutant Ousmane Sonko, le leader du Pastef poursuivi dans plusieurs affaires judiciaires et radié des listes électorales, Macky Sall a permis à l’opposition de s’ancrer. Sans cet acharnement, cela aurait été beaucoup plus difficile pour le Pastef de conserver la base qu’il avait acquise lors de la présidentielle de 2019 et de s’attirer de nouveaux soutiens, notamment, dans la dernière ligne droite, avec le ralliement du Parti démocratique sénégalais (PDS) de l’ancien président Abdoulaye Wade et de son fils Karim [à la candidature d’Amadou Ba].

Macky Sall, lui, a complètement manqué sa sortie. Il avait l’intention d’être candidat à un troisième mandat et y a renoncé trop tardivement pour avoir le temps de préparer sa succession. On sait qu’il n’a pas les meilleures relations avec Amadou Ba. On peut penser que la volonté de repousser l’élection à décembre était une façon de reprendre à zéro le processus électoral et de changer éventuellement de candidat.

L’arrivée au pouvoir d’une opposition radicale au Sénégal est-elle le symptôme d’un rejet des anciennes alliances, notamment avec la France, comme on a pu le voir avec les militaires qui ont pris le pouvoir au Mali, au Burkina Faso et au Niger ces trois dernières années ?

Je ne pense pas. Il y a, dans les opinions publiques des pays du Sahel – et bien au-delà –, la volonté de rééquilibrer certaines relations ou, du moins, d’avoir avec un pays comme la France les mêmes rapports qu’avec d’autres partenaires. Le Pastef n’est pas le seul parti à défendre cela au Sénégal. Certes, il y a des éléments de convergence entre le discours défendu par Bassirou Diomaye Faye et ce que portent les partisans des régimes putschistes, notamment sur la question de la sortie du franc CFA. Mais on ne peut pas comparer le choix libre des électeurs et une prise de pouvoir par la force.

Le Pastef a fait campagne en ciblant les jeunes et en promettant de mener une politique centrée sur l’intérêt des populations. C’est très important que le Sénégal maintienne cette tradition du changement politique par les urnes alors que les régimes militaires, dans la région, portent un discours tendant à décrédibiliser la démocratie en tant que système et les élections en tant que modalité de ce système.

Bassirou Diomaye Faye, qui fête le 25 mars ses 44 ans, incarne-t-il une nouvelle génération d’hommes politiques en Afrique de l’Ouest ?

Il est normal qu’il y ait un renouvellement des acteurs politiques dominants, pour le meilleur ou pour le pire. Le Pastef s’est présenté comme le porte-voix de la jeunesse et Bassirou Diomaye Faye incarne cette jeunesse. Mais sa victoire ne veut pas dire que cela pourrait se reproduire ailleurs, à court terme. Il y a beaucoup de rigidité au sein des appareils politiques ouest-africains, où l’on voit peu de nouvelles figures émerger. Ce qui se passe au Sénégal est certainement suivi de près en Côte d’Ivoire, où le pouvoir est vieillissant. Il y a, à Abidjan, des acteurs politiques assez jeunes, mais cela est très relatif : lorsque la moyenne d’âge des leaders et des gouvernants se situe entre 70 et 80 ans, on est très jeune à 60 ans.

Propos recueillis par Elise Barthet 

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